On ne guérit pas seul
On dit souvent que seul, on va plus vite… mais qu’ensemble, on va plus loin.
Longtemps, j’ai cru que le chemin intérieur était avant tout une affaire personnelle. Silencieuse. Presque secrète.
J’ai commencé comme ça.
Seule.
L’introspection en solo a quelque chose de rassurant. On explore à son rythme, on va voir ses zones d’ombre sans avoir à les exposer. C’est précieux, nécessaire même. Certaines parts de nous demandent de l’intimité, du retrait, du temps.
Mais avec le recul, je peux le dire aujourd’hui : les moments les plus transformateurs de mon parcours ne se sont pas vécus seule.
Ils se sont vécus en lien.
Ce sont les formations faites en groupe.
Les événements auxquels j’ai participé.
Les cercles de femmes. Les constellations.
À chaque fois, quelque chose se passait que je n’aurais jamais pu provoquer seule.
Le regard de l’autre.
La résonance.
Le fait de se reconnaître dans une histoire qui n’est pas la sienne… et pourtant.
Le collectif soigne autrement parce qu’il vient toucher là où le mental ne va plus.
Il remet du mouvement là où tout semblait figé.
Il nous rappelle que nous ne sommes pas seuls à porter, à douter, à chercher notre place.
Je me souviens d’un moment très précis, lors d’un cercle de femmes.
Nous travaillions autour du mouvement.
Tout le monde dansait dans la pièce.
Moi, je savais que quelque chose bloquait. Depuis plusieurs jours déjà, j’avais mal aux pieds. Comme si avancer était devenu difficile.
On m’a proposé quelque chose de très simple : ne pas forcer, ne pas suivre le mouvement des autres… mais faire de tout petits pas.
Presque rien.
Des pas minuscules.
Et c’est là que j’ai compris.
Ce qui me bloquait, ce n’était pas le mouvement en lui-même, mais ma façon de regarder les choses. J’avais toujours une vision très grande, très large. Des objectifs lointains, presque trop vastes. Et à force de regarder trop loin, je ne voyais plus ce qui était déjà là, sous mes pieds.
Ce jour-là, dans ce cercle, entourée, soutenue, sans pression, j’ai réalisé que : même avec des tout petits pas, j’avançais quand même.
Et j’arrivais, moi aussi, à destination.
Depuis, j’ai changé ma manière de cheminer.
Une étape à la fois.
Un pas après l’autre.
Avec plus de confiance.
Et surtout, avec plus de lien.
Parce que la guérison n’est pas qu’un processus intérieur.
Elle est relationnelle.
Familiale.
Collective.
Nous nous construisons dans des systèmes, dans des familles, dans des histoires partagées. Il est profondément logique que ce soit dans le lien que quelque chose se répare, se replace, se réajuste.
On ne guérit pas seul.
On guérit quand on est vu, reconnu, accueilli à la juste place.
Parfois par une personne.
Parfois par un groupe.
Souvent par les deux.
Et c’est là que quelque chose, doucement, commence à respirer à nouveau.
Si ce texte résonne, c’est peut-être qu’une partie de toi sait déjà qu’il n’est plus question d’aller plus vite, mais d’oser avancer accompagné, à ton rythme, un pas après l’autre.