L’histoire familiale :
ce que l’on porte sans le savoir

porter son histoire familiale

Pendant longtemps, j’ai cru que ce qui me caractérisait venait uniquement de moi.
Mon énergie.
Ma force.
Ma capacité à tenir, à avancer, à gérer.

Et puis, un jour, j’ai compris que certaines de ces qualités avaient des racines bien plus profondes que ma propre histoire.

Ce que l’on porte sans le savoir

Il arrive un moment, sur le chemin intérieur, où l’on réalise que certaines attitudes, certaines manières d’être au monde, ne sont pas seulement des choix personnels.
Elles sont parfois des héritages.
Des façons de survivre transmises de génération en génération.
Des forces nécessaires à un moment donné de l’histoire, mais qui continuent à agir, même quand le contexte a changé.

Une prise de conscience au cœur d’un cercle de femmes

C’est au cours d’un exercice vécu dans un cercle de femmes que quelque chose s’est révélé à moi.

En regardant mes racines, j’ai vu apparaître une lignée de femmes profondément courageuses.
Des femmes sacrificielles.
Pour beaucoup d’entre elles, des femmes seules, veuves ou sans mari.
Des battantes, qui ont élevé leurs enfants à bout de bras, souvent sans soutien, parfois dans la douleur, toujours avec une immense force.

Cette force-là, je l’ai reconnue immédiatement.
Elle me traversait.

La force transmise par ma mère

En poursuivant ce regard sur mon histoire familiale, un autre lien s’est imposé avec évidence : celui de ma mère.

Lorsqu’elle a fait le choix de divorcer de mon père, elle a incarné, à sa manière, cette même lignée de femmes debout.
Elle m’a transmis l’indépendance.
Le sens des responsabilités.
Le courage d’assumer.
L’amour inconditionnel pour ses enfants.

À travers elle, j’ai appris à me tenir droite.
À ne pas dépendre.
À faire face.

Quand la force devient un poids

Pendant longtemps, cette force a été une ressource.
La sororité, la solidarité féminine, la capacité à se soutenir entre femmes ont été pour moi des appuis précieux.

Et puis, un jour, quelque chose a changé.

Un jour, j’en ai eu assez d’être forte.

Assez d’être celle qui gère.
Celle qui anticipe.
Celle qui tient pour les autres.
Celle qui avance coûte que coûte.

J’ai senti naître en moi un autre besoin.
Celui de ralentir.
Celui de déposer les armes.
Celui de ne plus être uniquement la battante.

Le désir de ne plus porter seule

Ce jour-là, j’ai compris que derrière cette force héritée se cachait aussi un manque.
Le manque d’avoir été protégée.
Le manque d’avoir été portée.
Le manque d’avoir pu, parfois, simplement me reposer.

J’ai eu envie d’être celle à qui l’on pense.
Celle que l’on soutient.
Celle qui peut s’abandonner sans craindre que tout s’effondre.

Reconnaître cela n’a pas été une faiblesse.
Ça a été un immense soulagement.

Honorer sans reproduire

Regarder mon histoire familiale m’a permis de faire un pas essentiel : honorer la force de ces femmes sans être obligée de la reproduire à l’identique.

Elles ont fait ce qu’elles ont pu, avec ce qu’elles avaient.
Leur courage mérite d’être reconnu.
Mais il n’a pas besoin d’être perpétué dans la souffrance.

Mettre de la conscience sur ces héritages ne signifie pas renier.
Cela signifie choisir autrement.

Transformer l’héritage

Aujourd’hui, je peux dire que cette lignée m’a donné une force immense.
Et qu’elle m’offre aussi, désormais, la possibilité d’y ajouter autre chose :

  • plus de douceur
  • plus de lenteur
  • plus de soutien
  • plus de sécurité

L’histoire ne change pas.
Mais la manière de la vivre, elle, peut évoluer.

Et toi, que portes-tu sans le savoir ?

Peut-être que certaines de tes forces ont, elles aussi, des racines anciennes.
Peut-être que ce qui t’a permis de tenir t’empêche aujourd’hui de te reposer.

Qu’est-ce que tu continues de porter par fidélité, alors que ton cœur aspire peut-être à autre chose ?