Il y a un moment sur le chemin intérieur où l’on ne peut plus faire semblant.
On a entendu l’appel.
On a commencé à se regarder.
Et quelque chose, doucement mais irréversiblement, bascule.
Ce n’est pas encore l’apaisement.
Ce n’est pas non plus le chaos.
C’est un passage.
Une traversée.
Le moment où les anciens repères ne suffisent plus
Quand j’ai commencé mon chemin de développement personnel, je voulais tout comprendre.
Tout analyser.
Tout relier.
Je voulais mettre des mots sur mon histoire, sur mes réactions, sur mes blessures.
Comprendre pour me rassurer.
Comprendre pour maîtriser.
Comprendre pour réparer.
Et puis, en postpartum, une psychologue m’a dit une phrase qui a marqué un tournant profond :
« Il va falloir faire le deuil de tout comprendre. »
Sur le moment, cette phrase m’a déstabilisée.
Puis elle m’a libérée.
J’ai compris que chercher à tout comprendre pouvait aussi être une façon de rester dans la tête.
Une manière subtile d’éviter de ressentir.
De contrôler plutôt que de traverser.
Comprendre ne change pas l’histoire
Avec le temps, une évidence s’est imposée à moi : on ne peut pas changer une seule virgule de son histoire.
Même en comprenant tout.
Même en analysant parfaitement.
Même en mettant en lumière chaque mécanisme.
Ce qui change, en revanche, c’est la manière dont cette histoire vit en nous.
Mettre en conscience ne signifie pas réparer le passé.
Cela signifie cesser de lutter contre lui.
Pendant longtemps, j’ai cru qu’il fallait couper, se détacher, rendre ce qui ne m’appartenait pas.
Et puis j’ai compris autre chose : si quelque chose agit en moi, c’est aussi parce que je porte l’histoire, la mémoire de ma famille.
La paix ne vient pas en coupant.
Elle vient en réintégrant.
À partir de cette acceptation, quelque chose se transforme en profondeur.
L’histoire ne change pas.
Mais la manière de la vivre, elle, peut évoluer.
La traversée : descendre dans ses abysses
Quand on commence à se regarder vraiment, il y a un passage que l’on ne peut pas éviter.
Celui de descendre dans ses abysses.
Pas pour s’y perdre.
Mais pour y rencontrer ce qui n’a jamais été regardé.
Nos zones d’ombre, notre obscurité, ne sont pas des défauts à corriger.
Elles sont souvent le refuge de ce qui a été blessé, tu, ou mis de côté pour survivre.
Plonger dans ses abysses, c’est accepter de voir ce que l’on n’aurait pas aimé être.
Les colères enfouies.
Les peurs archaïques.
Les parts moins lisses, moins lumineuses, moins acceptables.
Ce passage est inconfortable.
Il peut faire peur.
Mais il est profondément libérateur.
Car tant que ces parts restent dans l’ombre, elles agissent à notre insu.
Les rencontrer, ce n’est pas s’y enfermer.
C’est reprendre du pouvoir sur sa propre vie.
On ne traverse pas l’obscurité pour y rester, mais pour cesser d’en avoir peur.
Et souvent, derrière cette obscurité, se révèle une force insoupçonnée.
Quand la lutte laisse place à l’intégration
La traversée m’a appris que guérir n’était pas devenir quelqu’un d’autre.
C’était devenir plus entière.
Cesser de vouloir aller vite.
Cesser de vouloir comprendre avant de ressentir.
Accepter de ne plus savoir.
Et parfois, simplement, demander de l’aide.
Peu à peu, la lutte s’est apaisée.
Une autre manière d’être avec moi-même est née.
Plus douce.
Plus vraie.
Moins exigeante.
La blessure n’a pas disparu.
Mais elle a cessé d’être une guerre.
Elle est devenue une expérience intégrée.
Et de là, une forme de sagesse.
Et toi, où en es-tu de ta traversée ?
Peut-être que ces mots résonnent avec ton propre chemin.
Ce moment où tu n’es plus comme avant, mais pas encore arrivée.
Si c’est inconfortable, c’est normal.
Si tu doutes, tu n’es pas en retard.
Si tu traverses, tu es déjà en chemin.
Qu’est-ce que tu es prête à regarder en toi, non pour te juger, mais pour te rencontrer vraiment ?